Quand la nature devient son plus grand terrain de jeu

Pavés

En mémoire à Christophe Janot et Michele Scarponi.

source chilkoot

Réunion de veille de départ. Rencontre des compagnons d’aventure. Dernières vérifications du matériel. Repas convivial où l’on sent l’excitation monter progressivement. Réveil et départ très matinal. C’est le rituel de toute aventure qui se respecte. Cette fois-ci, pas d’ascension de sommet mythique, pas de stage de survie mais une randonnée cycliste hommage d’une course d’un jour considéré comme une des plus éprouvantes.

Paris-Roubaix. Surnommée aussi l’enfer du Nord ou Reine des classiques. C’est en trio que nous allons rouler. Avec mon pote de Lycée Clément (initiateur de l’idée) et son ami de fac Gautier. D’habitude je préfère les cols de montagne. Cependant, l’appel du vélo version backpacking couplé à la découverte des pavés Nordique entre pote ne m’a pas laissé d’autres choix que répondre oui.

source chilkoot

Nous sommes finalement 21 participants à cette aventure organisée par la compagnie de pionniers Chilkoot. Le parcours est un mélange de celui de 1896, où le départ se faisait de Paris, avec celui de 2016 qui s’élance de Compiègne. Les deux ralliant l’arrivée au Vélodrome de Roubaix. Ce sont 383 kilomètres à travers la banlieue parisienne, les forêts de Chantilly et Compiègne, les longs faux plats picards et les 28 secteurs pavés (50 kilomètres au total) qui nous attendent sur deux jours. Le tout en autonomie complète.

Il est 5h15, les paupières peinent à s’ouvrir et nous immortalisons ce tout premier volet de « pavés » devant le magasin de vélo kilomètre0 situé au 20 rue des Acacias. Après ce premier shooting devant le départ fictif, nous rejoignons le départ réel entre l’Arc de Triomphe et la porte Maillot. Deuxième shooting et top départ ! Après une quinzaine de bornes sous les réverbères et au milieu d’un dédale de routes, habitations et feux tricolores : changement de dimension. C’est un épais brouillard et un froid saisissant qui nous accompagne désormais. On ne s’attarde pas trop au point de contrôle numéro 1 de Pontoise, de peur d’attraper froid.

Ce n’est que vers 9 heures que le soleil pointe le bout de son nez. Il ne nous quittera de la journée mais une frisquette bise l’accompagne. Nous passons le CP2 de Compiègne peu après la pause déjeuner aux alentours de 12h30. C’est une longue après-midi sous un vent de trois quart face avec de long faux plats qui nous est proposé. Le paysage est redondant mais cela fait partie du parcours. Au fil des kilomètres, nous battons mutuellement nos records de kilomètres parcourus en une journée. Cela nous redonne du moral pour finir la journée. Nous arrivons à Troisville (CP3) au kilomètre 218 vers 18 heures afin de faire tamponner notre roadbook.
Nous sommes heureux d’y être parvenus au vue de notre (toute) petite préparation : 120 kilomètres maximum. C’est déjà un exploit pour nous. Le premier secteur pavé est à quelques hectomètres. Malgré les jambes lourdes et l’estomac qui réclame son dû, nous partons euphorique à l’assaut de ce pour quoi nous sommes venus. Ah les pavés ! Savant mélange d’extase et de souffrance. Ca tabasse dur, ça secoue, on se croirait vraiment dans une machine à laver en mode essorage. C’est une véritable torture pour l’Homme et sa machine. Impossible de lire la trajectoire idéale. Impossible d’anticiper les nombreux nids de poules et irrégularités des pavés. Devant son écran on a du mal à se rendre compte de la difficulté. Mais tout cycliste passionné se doit de vivre cette expérience.

Nous mettons définitivement pied à terre vers 20H30.Nous ne souhaitons pas prendre le risque de rouler de nuit dans les chemins champêtres pavés. On décide de s’arrêter dans la chaine de restaurant la pataterie. Nous étions très loin d’imaginer qu’il sera notre futur camp de base pour le bivouac. Nous nous préparions à trouver un champ, un fossé, une étable,…, et finalement on se retrouve à dormir au chaud, avec petit dej’ tout prêt. Le lendemain est une journée agréable car nous avons vent de dos quasiment tout le long. Tôt le matin nous rejoignons Wallers (CP4) et la célèbre trouée ou tranchée d’Arenberg considéré comme le secteur pavé le plus dur. Pour preuve, la trouée est associée à l’Alpe d’Huez ou le Ventoux des pavés. Croyez-moi, elle ne vole pas ce surnom ! Un vrai casse pattes !

En cours de route, nous décidons de tronquer un peu le parcours de crainte d’être hors délai (NDLR : il faut arriver avant 16h). Sage choix. Comme les pros, nous avons droit à deux passages sur la ligne d’arrivée du Vélodrome. Le premier se fera au sprint et le second à trois en accolade.

En grand privilégié : bière vélosophe à l’arrivée, champagne, visite du musée avec le droit de porter le trophée du vainqueur et surtout douche où figurent tous les noms des différents vainqueurs de l’épreuve.
Un grand merci à l’équipe Chilkoot, à l’association qui s’occupe des pavés et du musée pour leur sympathique accueil , aux parents de Gautier ainsi qu’au gérant du restaurant.

7 mois ago 0 Comments Short URL