Quand la nature devient son plus grand terrain de jeu

Betsileo

Je suis venu à Madagascar dans l’idée d’aller au contact de la population, connaître leur mode de vie, connaître leur faune et flore endémique (ravenelas, baobabs, lémuriens,…).
Dans ce premier volet, je vais vous parler des hautes terres. Il s’agit des montagnes centrales du pays. Ce plateaux étendu varie entre 1100 et 1600 mètres d’altitude.
Après une nuit sur la capitale, je file donc directement sur Antsirabé à environ cent cinquante kilomètres au sud de la capitale le long de la fameuse RN7.
Cette ville est connu pour son artisanat, ses lacs, son centre thermal et surtout ses pousse-pousses.

Posy-posy (en malgache) : il en existe environ six mille sur toute la ville. Bien trop selon moi. C’est le gagne pain quotidien de nombreux habitants voisins, qui n’hésitent pas à parcourir les douze (voir plus) kilomètres qui les sépare de leur lieu de travail. Il leur faudra refaire le même trajet retour, avec les nombreux hectomètres supplémentaires cumulés lors de leurs courses journalière.
Il faut savoir que pour fabriquer un pousse pousse, il faut compter cinq jours. Le bois d’Eucalyptus et de pin (socle et habitacle) ainsi que le métal (structure portante) sont les principaux matériaux.
Il coute 400.000 Ariary à l’achat (160 euros). Les propriétaires les louent 3000 A par jour. Une course en ville coute environ 1000 A. Le chauffeur doit payer en sus sa licence, le contrôle technique de sa machine ainsi que les réparations. Après tout cela vous comprendrez pourquoi ils sont aussi insistants et que j’ai du les faire tirer à la courte paille pour les départager. J’ai même eu le privilège d’en conduire un.

Charrette à zébu : Une roue comporte quatorze rayons, elle a un bardage ferraillé. Deux jours pour construire les roues et sept pour la charrette entière.

Cornes de zébu : elles viennent des abattoirs. On commence par les chauffer afin de séparer la corne de l’os (qui sera utilisé comme engrais ou complément alimentaire).

Pour travailler la corne, il suffit de la couper à la scie, de la chauffer afin de la tordre (foutrement dur), on peut la percer, puis on la ponce et on la lustre. On fabrique de nombreux objets d’art et décorations.
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Le dimanche c’est jour de messe, tournoi de pétanque (j’ai d’ailleurs gagné une partie avec un terrain boueux et des boules peu rondes), et combat de coq. A voir mais sans grand intérêt. J’en profiterai aussi pour louer un vélo et me perdre en campagne sur une piste montagneuse menant à un lac encaissé au fond d’un cratère. (Lac Tritriva) trentesix kilomètres loin de la ferveur des posy posy.

Cultures : le lundi je pars vivre une journée d’agriculteur avec Abel. Il cultive du maïs, de la sauge, du manioc, ananas, du piment, des haricots, potirons mais surtout du riz. Mais oui ! Dans les hautes terres, il y a des rizières partout. Aucun pesticide donc énormément de travail manuel (désherbage, repiquage, charrue avec zébu). Une récolte par an à raison de trois tonnes hectares. Un peu plus pour les rizières humides (comme celle où je suis allé voir à Ambalavao : repiquage et piétinnage). Le comble dans tout cela, c’est que le riz (étant de très bonne qualité) est exporté en Asie et pays industrialisés et donc on importe un riz de qualité moindre sur Mada.
Le soir c’est avec grand plaisir que je me rend chez Abel afin de lui diagnostiquer l’état de son gazon. Une grosse journée où j’aurai appris énormément de choses.

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Fionaratsoa est une ville où l’on trouve de la production viticole et la plus grande production de thé du pays. A Shambavy ce n’est pas loin de trente six hectares qui y sont cultivés. J’ai eu la chance de visiter une maison typique du pays Betsileo. On m’a accueilli chaleureusement dans ce logement rudimentaire fait d’un toit en chaume, d’une structure en bois d’Eucalyptus et d’un mélange de torchis avec de l’écu de riz. Ici on cuisine à l’intérieur de la maison ce qui permet de dissuader les insectes de rentrer.

Fabrication de briques : très simple ! On prend de la glaise, on la mouille jusqu’à ce qu’elle soit malléable afin de la mettre dans un moule. On démoule, on laisse sécher un peu et on la chauffe soit au feu de bois, soit au feu de cosse de riz qui est une solution alternative moins onéreuse et plus écologique. Le coût de production passe ainsi de  80 à 60 Ariarys l’unité. Prix dégressif suivant la quantité commandée. Il faut environ quinze jours à quatre personnes pour confectionner quatre millions de briques.

Ambalavao, à cinquante cinq kilomètres au sud de Fionaratsoa, marque la limite sud des terres Betsileo. On y trouve :

Fabrique de papier : on récolte la seconde écorce de l’Avoha qui se régénèrera totalement au bout de cinq ans. On la sèche, on la fait bouillir puis on la sèche à nouveau jusqu’à obtenir une humidité suffisante pour que l’on puisse l’aplatir et la disloquer. On la place dans un moule contenant de l’eau puis on vide l’eau et on laisse sécher. Ensuite on peut travailler le papier à sa guise.

Atelier de tissage de la soie : on trouvera les cocons des vers sauvage dans les feuilles de tapia et ceux des vers d’élevage dans les mûriers que l’on placera respectivement dans l’eau froide ou chaude afin de les ramollir. On les enveloppe ensemble (par sept) et on fait sécher une semaine. De là on les fait chauffer une heure puis refroidir deux heures (cela en alternance durant trois jours). La cuisson s’exécute dans un mélange de graisse de zébu, de cendre, d’aloe vera et de cisale). Une fois sec, on effiloche, on teint et on tisse.

Couleur : Canelle (ocre) / bois de rose (Aubergine) / Curcumin (orange et jaune) / Champignon (marron) / feuille de fruit de la passion (vert) / Boue + eucalyptus (noir). La fixation de la couleur se fera à l’aide d’Aloès vera et de peau de banane.

Vous l’aurez donc compris, le peuple Betsileo est principalement rural, travailleur, respectueux de la nature (rien ne se perd tout se transforme) et très tourné vers l’artisanat. Il est très accueillant, surtout lorsque tu mets la main à la pâte et que tu leur payes une bouteille de rhum. J’attend les photos évolutive de la parcelle de riz que j’ai repiqué.

 

4 années ago 0 Comments Short URL

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